Rapatriement de mes précédents articles ^^

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J'ai pas passé une très bonne nuit... c'est ma faute, je le sais bien. Je ne peux pas m'empêcher de pleurer et ça commence sérieusement à me taper sur le sytème. Je pensais que ma vie "post-hopital" serait un petit peu moins compliquée mais pour l'instant, ce n'est pas trop le cas.
Résultat des courses : je me suis endormie à 2 heures du matin pour me réveiller vers 5h30. Je suis claquée mais, paradoxalement, je sais très bien que je n'arriverai pas à dormir plus longtemps. Inutile de préciser que je ne suis pas allée à l'école, aujourd'hui.
Je n'en ai pas la force. J'étais motivée début septembre mais là, j'ai déjà l'impression que c'est trop tard, que l'année est jouée et que mes trois semaines d'hospitalisation vont me faire doubler ma rhéto. J'en ai marre de cet état d'esprit.

Je vous jure, quand je suis comme ça, j'ai envie de me foutre des claques. J'ai l'impression d'assister à ma propre déchéance sans pouvoir rien y changer. Vous savez, un peu comme l'héroïne malgré elle d'un film particulièrement gore et à laquelle on crie de vains conseils pour ne pas se faire attraper pour le psychopathe masqué.
L'anorexie est peut-être bien l'une des pires maladies qui existent. Elle vous transforme, mais dans un certain sens, vous êtes bien conscients que c'est - en partie - votre faute puisque vous ne faites rien pour réagir et que d'ailleurs très souvent, vous n'avez même pas envie de guérir.

Quand je regarde en arrière, quand je repense à tout ce qui s'est passé, je me rends compte que je suis un monstre.
Ma famille ne voulait que mon bien. Ils essayaient de m'aider et peut-être que ce n'était pas la bonne solution, peut-être que je n'étais pas prête, mais ça ne change rien. Ils ne méritaient pas ça. Dans un certain sens, on peut dire qu'ils ont réussi puisque je me suis finalement fait soigner, mais après ? Que reste-t-il, après la guérison ?
Il faut vivre avec ce passé, apprendre à accepter toutes les horreurs qu'on a faites et garder la tête haute. Je n'ai sans doute pas le courage nécessaire pour composer avec ça.
Je me sens seule. Je ne veux pas me faire plaindre, je sais que je l'ai voulu. Quand j'y repense, la vie que je menais l'année passée n'était finalement pas si terrible. D'accord, elle ne valait pas l'existence privilégiée que je menais avec B, mon arrière-grand-mère, mais, et là je m'en rends bien compte, je n'étais pas la plus à plaindre. Qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai tout gâché, et pourquoi ? Pour atteindre un idéal de perfection complètement débile et auquel moi-même je ne croyais pas totalement.
Je ne suis qu'une pauvre conne sans volonté. Je me demande même comment j'ai fait pour perdre tout ce poids. On dit souvent qu'il en faut beaucoup pour arrêter de manger. Cessons de mettre les anorexiques sur un pied d'estale. Pour nous, jeûner est un privilège. Il n'y a vraiment pas de quoi être fière.

On se détruit mais pas seulement. On s'en prend aussi aux gens qui nous aiment et on les fout en l'air. Nous aussi on les aime, mais on n'y arrive plus. Impossible de montrer nos sentiments, de faire preuve de la moindre once de gentillesse ou de même s'autoriser à se sentir redevable envers quelqu'un. Une anorexique vit dans son propre monde. Elle ne pense qu'à elle et, en essayant de disparaître, elle prend de plus en plus de place.

Finalement, elle accepte de remanger, mais quel poids, quelle souffrance quand elle comprend combien elle a pu être odieuse !

Je n'ai aucune excuse pour tout ce que j'ai bien pu faire dans le passé. Je suis quelqu'un de dangereux. Les gens feraient mieux de tous me rayer de leur vie. Dans un sens, c'est ce que je recherche. J'en ai assez de faire souffrir les autres. Si je dois m'en prendre à quelqu'un, au jour d'aujourd'hui, c'est à moi-même.

# Posté le lundi 15 octobre 2007 13:28

Rapatriement de mes précédents articles ^^

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Aujourd'hui, gros coup de blues... un retour à la normalité quelque peu chaotique et la perspective de rentrer à l'école demain matin ne m'enchante pas plus que ça. Ce n'est de la faute de personne, c'est juste un problème que je dois régler avec... moi-même.
Je suis paradoxale : j'ai peur des autres mais je ne vis pas bien la solitude. Allez y comprendre quelque chose.
Je suis allée faire quelques courses aujourd'hui et j'ai presque réussi à acheter des Cornetto Vanille/Fraise, dont je suis une fan absolue.

Presque.

La prochaine fois, il faudra transformer cet essai en coup gagnant, Kariana.

J'ai déjà perdu un peu de poids, ce que je ne parviens pas à comprendre puisque je suis très loin de me priver en ce moment, que du contraire. J'ai un peu peur... je ne veux pas retourner à l'hôpital. Je ne veux pas faire ici l'étalage de mon poids ni même de mon IMC, mais le ratio entre mon poids d'entrée à l'hôpital et mon poids de sortie n'est finalement pas si grand que ça. Il n'en faudrait pas beaucoup pour y retomber, perspective évidemment peu réjouissante. D'un autre côté, je ne me vois pas me mettre à manger encore plus rien que pour stabiliser. Pour moi, c'est absolument inconcevable. Demain, je m'autoriserai sans doute un bon sandwich au thon, histoire de faire grimper tout ça.
J'ai un peu le cafard... je ne sais pas pourquoi. Des larmes aux coins des yeux. Des souvenirs qui reviennent, des choses que j'aimerais ne pas avoir faites ou peut-être avoir faites différemment.
J'ai toujours envie de prendre des cours par correspondance, mais c'est trop tard maintenant. Je le répète, ce n'est pas de la faute des autres. C'est juste que je ne me sens pas trop à l'aise en leur compagnie.
Et pourtant, il y a eu un véritable mouvement de solidarité envers moi pour que je puisse me maintenir à niveau durant mon hospitalisation. C'est bien simple, je n'ai pratiquement rien à mettre en ordre. Les autres élèves se sont chargés de me faire toutes les photocopies nécessaires. Ca me touche énormément et en même temps, ça me fait peur.
J'ai tellement du mal avec la notion d'être redevable de quelque chose à quelqu'un. Peur de décevoir, de ne pas être à la hauteur. Il faut que je travaille encore là-dessus, c'est sûr.

L'hiver approche et je ne veux plus crever de froid comme l'année passée. Il faut que je mange, c'est vital. Il m'en aura fallu bien du temps pour le réaliser. Je veux réussir ma rhéto, ne serait-ce que pour pouvoir ensuite décider de me mettre un an en mode pause. Hors de question de passer les fêtes de fin d'année à la Ramée.

Il faut que je m'accroche, il faut que j'apprenne à aimer la vie !

If only...

# Posté le lundi 15 octobre 2007 13:17

Rapatriement de mes précédents articles ^^

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Me revoilà enfin...

Après trois mois d'absence, j'ai enfin eu l'autorisation de quitter l'hôpital. Moi, ex-Kariana, ancienne kari-ana, j'ai décidé de revenir parmi vous. Pas pour faire l'apologie des troubles alimentaires, loin de là. Plutôt pour parler de mon expérience, pour vous faire partager le quotidien d'une fille qui a encore l'espoir de s'en sortir !

Je viens d'avoir 18 ans, c'était le sept octobre. Aux yeux de la loi, et ce même si j'étais déjà émancipée depuis plus d'un an, je suis majeure. D'un point de vue purement psychologique, ça ne change strictement rien, je peux vous l'assurer. Je n'ai pas soudain pris confiance en moi sous prétexte que j'étais subitement devenue adulte.
J'étais juste heureuse d'avoir partagé ça avec ma famille, avec A et M.

J'ai réussi à manger sans {trop} culpabiliser. J'ai pris un plat de calamars frits avec des frites et de la sauce Tzatsiki. Un véritable délice. En dessert, je n'ai pas eu le coeur de refuser le morceau de glace que je me voyais offrir pour mon anniversaire.
Je suis heureuse d'avoir pu le faire, d'avoir pu, l'espace d'une journée dire "Fuck" à cette saloperie de maladie.
Le lendemain huit octobre, mon psychiatre acceptait de me laisser sortir.

J'avais réussi, après de grands efforts, à atteindre mon poids final. Ca n'a pas été chose facile, je vous l'avoue. J'ai souvent pensé à signer ma décharge, à envoyer tout le monde valser, à m'enfuir. Je ne l'ai pas fait parce que je me suis rendue compte que ce n'était pas la bonne solution. Depuis trop longtemps, je fuis. Je n'arrive pas forcément à prendre mes responsabilités, ça me fait peur. Dans ma tête, je suis encore très loin d'avoir 18 ans.

Ce passage à l'hôpital m'a grandie. J'ai appris à respecter de nouvelles règles, à me réalimenter et à vivre en communauté. Partager sa chambre avec trois autres jeunes filles plusieurs mois durant n'était pas non plus toujours très facile, surtout si l'on considère le fait que je ne côtoyais pratiquement plus personne, au pire de mon anorexie.

J'ai appris.

J'ai rencontré des personnes tout à fait extraordinaires, des ados écorchés vifs, des personnes à fleur de peau. Des gens qui vivaient des situation parfois encore moins évidentes que la mienne et qui tentaient, tant bien que mal, de garder la tête hors de l'eau.
Une fille avec qui je suis devenue très amie et qui se bat contre l'anorexie depuis l'âge de 13 ans.
Une danseuse étoile aux mille et une qualités que je considère aujourd'hui comme ma grande soeur de coeur.
Une autre fille à la sensibilité exacerbée que je n'ai pas toujours jugé à sa juste valeur mais que je compte apprendre à connaître.
Elle est dans la même école que moi, ça aide ^^

Bien sûr, tout n'a pas non plus été toujours comme sur des roulettes. Il y a eu des rechutes, de nombreuses interdictions de sortie, des envies de criser, des envies de vomir ou de sortir s'acheter une boîte de laxatifs. C'est tellement difficile d'accepter de se réalimenter après tant de mois. Un sentiment d'échec, un constat pour le moins déprimant : "Un an et demi de troubles alimentaires pour... rien".
C'est vrai, les Tcas ne m'ont rien apporté, au contraire. Ils m'ont isolée, ils m'ont rendue horrible, méchante, menteuse, calculatrice et faible, dans tous les sens du terme. J'ai failli tripler ma première, j'ai eu envie d'en finir plus d'une fois, je pleurais, je criais à l'injustice, bref, j'étais en train de devenir complètement folle.

Je ne me considère pas comme totalement guérie, c'est clair. Je suis sur le chemin de la guérison, comme je l'ai expliqué hier à A. Ma réponse lui a paru satisfaisante. Le psychiatre que je voyais à la Ramée m'a dit que la porte restait ouverte, au cas où.
Ce n'est pas très encourageant, mais je comprends sa position. Des rechutes, il a dû en voir des centaines depuis qu'il travaille dans cet hôpital. Je ne serais pas la première et sûrement pas la dernière non plus.

Je ne veux pas y retourner, et je compte bien tout faire pour. J'espère que vous pourrez m'y aider, les filles. Je vous aime fort et je suis heureuse d'être de retour parmi vous.

# Posté le lundi 15 octobre 2007 13:11

Lundi 17 Septembre 2007

Lundi 17 Septembre 2007
Je me présente : je m'appelle Kariana. Enfin non... pas tout à fait. Je me suis fait connaître sous ce pseudo, dans une pathétique tentative d'éviter que ma famille n'apprenne l'existence de ma double-vie.

Mon véritable prénom est Mélissa. J'aurai 18 ans dans trois semaines. Dieu, que le temps passe vite. Cela fera bientôt deux ans que je vis seule. Deux ans que j'ai perdu le sourire, l'envie de vivre, l'envie de faire quelque chose de constructif. Deux ans que je ne pense qu'à maigrir.
Je me fais du mal et j'aime ça. Il n'y a rien de plus jouissif pour moi que de voir le chiffre de la balance diminuer jour après jour. Je suis devenue complètement folle. Le pire dans tout ça, c'est encore d'en être parfaitement conscient. On voit ses amis s'éloigner, on se rend compte qu'on ne parvient plus à suivre en cours, on pleure tous les jours, on passe son temps au-dessus de la cuvette des toilettes alors même qu'on sait déjà qu'on n'est même pas capable de vomir.

Alors on se venge... on avale une tablette de laxatifs, on ne mange plus rien, on se fait du mal, on met de côté des médicaments juste au cas où et on en profite, au passage, pour détruire sa famille.

Parce que, forcément, l'anorexie rend égoïste. Immonde. Insensible. Je vis dans un monde où plus rien ne peut m'atteindre. Je pleure, c'est vrai, mais je ne suis même pas vraiment triste. Je pleure parce que je suis enfermée, parce qu'on veut me faire grossir, parce qu'on ne me laisse même pas le choix de mourir.

Tu n'as pas le courage nécessaire pour te foutre en l'air

C'est vrai. Je n'ai pas toujours été comme ça. Avant, j'étais joyeuse. Avant, j'étais bien dans mes baskets. Avant, j'avais des amis. Ah oui, j'étais ronde, c'est vrai.
Aujourd'hui, je suis maigre, mais je ne me sens pas mieux pour autant.

C'est un échec total et particulièrement cuisant. Un an et demi que je me prive, que je ne mange plus correctement, que j'évite toutes les sorties, tous les restos, toutes les rencontres suseptibles de me faire prendre du poids. Tout ça pour... ça ?

Et bien, ça n'en valait pas le coup. C'est dommage que je ne m'en rende compte que maintenant.

# Posté le lundi 17 septembre 2007 05:49

Modifié le lundi 17 septembre 2007 06:38