Parfois, ça reste difficile.
La guérison est l'une des meilleures choses qui me soient arrivées, j'en reste intimement convaincue mais quand même...
C'est un peu comme un lent et douloureux réveil. On a le sentiment qu'une autre personne a pris notre place et on ne peut que se rendre compte de l'immensité des dégâts qu'elle a faits. Je me rappelle encore de ces longues soirées passées toute seule dans mon petit studio, débranchant le téléphone de peur de me faire inviter à une quelconque soirée, de crainte d'être à nouveau confrontée à la nourriture.
Ces crises de nerfs lorsque j'avais pris 100 grammes, ces hurlements, ces pleurs...
Les laxatifs... rentrer dans une pharmacie, la tête basse, croiser le regard des autres clients, être intimement persuadée qu'ils savent ce pourquoi nous sommes venus.
Et le pire encore, prendre un ton assuré, petit sourire désinvolte : "Je voudrais une boîte de Dulcolax, s'il vous plait". Ces petites saloperies sont tellement faciles à se procurer. Je suis d'avis que ça devrait changer... bien sûr, il n'y a que les TCaiennes pour croire que ces médicaments font maigrir mais quand même.
Je me demande parfois si je serais tombée aussi bas s'ils n'avaient pas été en libre accès. Enfin là, je me déculpabilise. Je pense que j'aurais fini par trouver un autre moyen, même s'il avait fallu me faire vomir en m'enfonçant un couteau dans le gorge.
Une anorexique en voie de guérison, c'est un peu comme une personne qui sort du coma : elle doit tout réapprendre. Dans notre cas, il s'agit de nous alimenter à nouveau, sans restriction, sans basculer dans la boulimie et sans nous prendre la tête avec un équilibre alimentaire trop rigide.
Je regarde autour de moi et je m'aperçois que les gens dits normaux mangent énormément mais ne s'en soucient pas. Et c'est là que je me rends compte que j'ai encore du chemin à faire dans ma petite tête : peut-être que ce sont mes portions qui sont riquiqui ?
J'ai aussi encore énormément de mal à ne pas observer les corpulences des autres. Est-elle plus grosse, plus mince que moi ? Qu'est-ce que la minceur ? Je me souviens encore d'un jour où, à ma grande surprise, je me suis mise à penser que Kate Moss avait de grosses cuisses =/ Heureusement que là, je me suis rendue compte du problème. Ce n'est pas pour autant ce qui m'a forcée à guérir, à l'époque j'étais déjà loin mais encore en total déni.
Par exemple, je suis encore dans le regret de constater que pour moi, la taille 36 est normale supérieure. Ce qui veut dire qu'à l'heure actuelle, je ne pourrais pas me résoudre à l'atteindre. C'est peut-être aussi le concept de "normalité" qui me fait peur. Je me dis que puisqu'il y a tant de 36 dans les magasins, c'est sans aucun doute parce qu'il y a beaucoup de demandes. Et moi, je ne veux pas être perdue dans la masse.
C'est stupide, pas vrai ? Il y a tellement d'autres façons de se démarquer des autres !
Quand j'ai vu mon meilleur ami Guillaume samedi, il m'a dit que non, je n'avais pas grossi. Et pourtant, mes tailles 32 me serrent un peu plus, à présent. D'un autre côté, je me dis qu'il n'est sans doute pas très malin d'aller dire à une ano qu'elle a pris du poids. Alors forcément, comme Guillaume est quelqu'un d'intelligent [surtout comparés à certains garçons que je connais lol], il y a possibilité qu'il ait tout simplement voulu me préserver.
Vous en pensez quoi, vous ? Vous mentiriez ? Vous diriez la vérité ?
Enfin, j'suis quand même fière de moi, j'ai mangé au Quick avec lui à midi et je ne me suis pas restreinte le soir. C'est déjà un grand pas. Les frites du fast-food me dégoûtent encore mais bon.C'est quelque chose sans lequel je peux facilement vivre ^^
Il fait super beau, c'est trop agréable ! Ce soir je sors : direction Festival du Film Fantastique de Bruxelles avec my uncle and my auntie. Nous y étions déjà allés l'année passée : en pleine anorexie, mademoiselle Mélissa [ça, c'est moi ^^'] avait essayé de faire changer tout le menu du jour pour ne pas se retrouver à manger de la viande rouge. Elle avait aussi avalé 5 laxas, avait vidé la moitié du Fanta pas Light que sa auntie lui avait acheté et n'avait bien sûr, rien avalé de la journée : résultat : un peu sonnée elle s'était perdue dans le complex et avait failli faire un malaise.
Waw, quelle expérience XD !
Vous savez, même si je reste convaincue que les Tcas sont des maladies dont nous sommes les victimes, il me faut, dans mon cas, rester très critique, voire même cynique, par rapport à l'anorexie.
C'est pas drôle du tout, on est bien d'accord mais si je prends tout ça trop au sérieux je risque de lui accorder encore trop d'importance
Bon allez les filles, je vous laisse ! Plein de gros bisous, gardez courage je vous aime =].